Le bois, un monde profond, mystérieux et beau
- Philippe Bourgeat
- il y a 5 jours
- 8 min de lecture
Entrer dans la beauté du bois
Connaître le bois, c’est accéder à un monde profond, mystérieux et presque magique. Mais connaître le bois, c’est aussi emprunter un chemin d’accès direct vers la beauté.
Ce monde est beau, encore faut-il savoir le regarder. J’ai reçu un éclat de bois dans le cœur, et il a allumé en moi un grand feu qui brille de mille lumières, de mille couleurs. C’est cela que je veux partager.
Il y a dans l’homme quelque chose de plus grand que l’homme : c’est le mystère de la vie.Il y a dans l’arbre quelque chose de plus grand que l’arbre : c’est le mystère du bois.
Le bois est, en effet, l’essence même de l’arbre. En le travaillant, on peut même essayer d’en libérer la quintessence.
Travailler le bois, c’est aussi se travailler soi-même
En travaillant le bois, chacun travaille aussi sur lui-même : sur la passion, l’humilité, le respect. C’est ainsi que peut naître une œuvre toujours plus complète, toujours plus belle.
Le bois est un compagnon fidèle et loyal. Il nous accompagne tout au long de la vie et nous permet de ressentir plus profondément les choses, d’en percevoir la beauté.
Voilà pourquoi ma vie à l’atelier est belle : parce que j’y travaille le bois avec passion.
Je voudrais tant permettre à chacun d’entrer dans ce monde du bois, de la sensibilité et de l’élégance… par la grande porte.
Voilà ma démarche : parler vrai. Parce qu’on ne peut pas mentir lorsqu’on parle du bois. Ça ne marche pas.
Du soupir au sourire
Les gens qui soupirent se trompent. Ils devraient apprendre à sourire. C’est presque le même mot, cela se prononce presque de la même façon, mais il y a tout un univers entre ces deux attitudes.
Alors, laissons de côté les soupirs des « tristes sires » et sachons apprécier les sourires des « joyeux drilles » là où ils se trouvent.
Et vous, je ne sais pas où vous trouvez tous ces sourires. Mais moi, c’est certain : je les trouve dans mon atelier, en train de tourner du bois.
Une passion qui relie les hommes
Cela me fait plaisir d’être un homme passionné vivant au milieu de gens passionnés.
Beaucoup de stagiaires que j’ai formés sont âgés. Ils ont leurs soucis, bien sûr, mais ils ont aussi une grande envie de vivre pleinement, de fabriquer quelque chose avec les moyens dont ils disposent, d’offrir leurs réalisations… toujours dans un bon état d’esprit, avec discrétion, mais avec un vrai plaisir de vivre.
À travers mes stages et mes vidéos, j’essaie de faire vivre, l’espace d’un instant, ce bon sens général que partagent les passionnés du bois.
On aime tous la Vie avec un grand V… avec nos « petits » moyens.
Un métier noble et modeste
Le travail du bois est un métier à la fois noble et modeste.
Il est noble par ses compétences, par les liens qu’il suppose avec les autres — clients, fournisseurs, collègues. Il est modeste parce qu’il est peu propice aux débordements de l’orgueil et qu’il exige beaucoup de soin, de patience et d’humilité.
C’est un travail à la fois manuel et intellectuel.
Et cela ne rappelle-t-il rien de plus large encore ? Pour ma part, je trouve que ces notions et les valeurs qui s’y rattachent sont exactement celles dont notre société a besoin aujourd’hui.
À l’atelier, notre métier est noble et modeste. Nous sommes peu considérés. Nous travaillons souvent seuls à l’établi, nous parlons peu, nous réfléchissons, nous construisons. Et même lorsqu’on n’est pas croyant… on médite.
En général, nous sommes mal à l’aise dans les vernissages, dans les mondes trop bruyants, trop agités.
Voilà pourquoi prendre le temps, une fois par an, le 19 mars, de dire que notre travail a un sens, qu’il est noble même s’il reste discret et effacé… cela fait du bien.
Vive la Saint-Joseph !
L’énergie des gens du bois
On m’a déjà dit : « Vous êtes un peu le monsieur 100 000 volts de la profession ! »
Je ne sais pas, peut-être. Ce qui compte pour moi, c’est le contact avec les autres et la gentillesse qui règne dans le milieu des gens du bois.
J’aime les gens. Ils le sentent, me le rendent au centuple, et c’est à cela que je carbure. Le reste compte peu à mes yeux.
J’ai des lunettes magiques pour ne regarder que le bon côté des choses. Et à mes yeux, l’univers du travail du bois est un merveilleux terrain pour voir s’épanouir :
l’amitié,
la simplicité,
le rire,
et le fait de ne pas se prendre au sérieux.
Il existe déjà assez d’endroits où l’on se prend au sérieux sur terre. Dans le milieu du bois, tout le monde sait bien que je suis un pitre, et malgré cela on m’accepte comme je suis.
Alors que ferais-je sans vous, mes amis du bois ?
Le plus important pour moi dans la vie, c’est de rire. Le reste n’est pas drôle.
Rester jeune par l’émerveillement
Jeune est celui qui s’étonne et s’émerveille. Il demande, comme un enfant insatiable : « Et après ? »
Il défie les événements et trouve de la joie dans le jeu de la vie.
Vous êtes aussi jeune que votre foi. Aussi vieux que votre doute. Aussi jeune que votre confiance en vous-même. Aussi jeune que votre espoir. Aussi vieux que votre abattement.
Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif. Réceptif à ce qui est beau, bon et grand. Réceptif aux messages de la nature, de l’homme et de l’infini.
« Vous resterez jeune tant que vous resterez réceptif. »— Général Mac Arthur
Comprendre ne suffit pas : il faut faire
Une des bases de la vie en société, c’est la variété, la différence, et l’échange qui l’accompagne.
Aujourd’hui, dans notre société moderne, on nous dit souvent tout ce qu’il faut faire… sans toujours nous expliquer pourquoi.
C’est l’époque des experts. On nous dit : « C’est comme ça qu’il faut faire », avec mille justifications à l’appui : danger, logique, efficacité, réglementation…
Pourquoi ne pas accepter d’autres façons de faire ? Pourquoi ne pas les tester pour voir si, parfois, elles ne fonctionneraient pas aussi ?
J’aime le travail du bois avec ses règles, ses contraintes, mais aussi avec ses possibilités d’approches si variées.
J’aime tous ceux qui travaillent le bois avec l’esprit ouvert, avec le goût de l’échange et du partage.
C’est parce que je fréquente ce monde-là que je trouve la vie jolie et souriante. Cela vient contrebalancer notre société dans laquelle on rencontre tant de gens qui savent… qu’il n’y en a plus beaucoup qui font.
Savoir est une chose. Faire en est une autre.
Beaucoup croient qu’ils savent faire parce qu’ils ont compris comment il faut s’y prendre. Mais cela n’a rien à voir.
Comprendre ne suffit pas pour faire.
Quand on fabrique réellement quelque chose, tout ne se déroule pas toujours comme prévu. À l’atelier, on persiste, on rectifie, on s’adapte… et on ne se la joue pas trop.
L’outil, prolongement de l’homme
Paul Feller, fondateur de la Maison de l’Outil, a consacré sa vie entière aux outils. Il rappelait une idée essentielle :
« L’outil abouti est la synthèse du génie de l’Homme. »
Un outil ne peut pas être identique à un autre, car tout dépend de la morphologie de l’utilisateur, de la spécificité de l’ouvrage, des matériaux employés.
Autrefois, chacun faisait souvent son outil. L’homme du fer était mieux placé pour fabriquer l’outil lui-même. L’homme du bois, lui, faisait appel à l’homme du fer pour l’essentiel, et se contentait souvent de fabriquer les manches.
Mais à l’époque moderne, l’outil est méthodiquement étudié pour correspondre au plus grand nombre. Dès lors, la relation intime, affective, presque sacrée que l’on entretenait avec lui s’estompe peu à peu.
Le bois, école du bon sens
Dès les premiers travaux, il y a parfois des déceptions. Malgré toute leur application, les nouveaux venus constatent que cela ne fonctionne pas toujours. Pourquoi ? Parce que le bois exige une approche différente de celle des autres matériaux.
C’est ce que j’appelle le cap de Bonne Tolérance.
Si l’on travaille le bois avec une tolérance trop juste, cela fonctionne mal. Les assemblages cassent, les objets fendent. Pour bien travailler le bois, il faut des règles, bien sûr, mais il faut surtout bien connaître la matière.
Il faut observer et respecter :
les défauts,
les dessins,
les déformations,
la texture,
le fil,
l’humidité,
l’essence elle-même.
Or, tous ces paramètres ne se quantifient pas parfaitement. Quelle est l’unité de mesure d’une texture ? La densité, à elle seule, ne suffit pas à tout expliquer.
Il faut laisser du jeu. Mais combien ? Nul ne peut le dire exactement. Cela ne se mesure pas seulement en millimètres : cela s’apprécie selon les circonstances.
Pas le même jeu dans le tilleul que dans le chêne. Pas le même en hiver en Guyane qu’au Soudan. Pas le même dans le fil qu’en bois de bout.
Et si notre société moderne pouvait fonctionner selon ce même principe ?
Aujourd’hui, on veut tout mesurer, tout encadrer, tout calculer, tout réglementer. Pourtant, il ne faut jamais oublier la marge de manœuvre nécessaire au bon fonctionnement des choses.
Sinon, on se sent vite à l’étroit dans ce monde.
Quand il n’y a pas les bonnes tolérances, ça serre trop… et à la fin, ça finit par péter.
À l’heure où tout le monde parle de bon sens et de valeurs, je pense que chacun devrait travailler le bois. Ce serait une formidable école pour apprendre à laisser les espaces suffisants afin que tout aille bien.
Le bonheur est au fond de l’atelier
Ensemble, on peut voir les choses autrement.
Tout n’est pas gris, loin de là. Dans les ateliers bois, il y a de la joie. C’est une belle phrase, et en plus elle rime.
D’ailleurs, à propos de rimes, voici une conviction qui m’est chère :
Le bonheur est au fond de l’atelier.
J’en suis sûr, et j’ai envie de le montrer aux yeux du monde entier.
Les objets en bois : les sourires de demain
Avez-vous remarqué comme certains objets en bois de notre environnement quotidien peuvent nous faire du bien ? Savez-vous pourquoi ?
Je crois l’avoir compris : ils portent en eux une multitude de petits détails silencieux, mais parfaitement à leur place. Nous les percevons instinctivement, et cela nous fait sourire.
Ces objets jolis, simples, présents juste à côté de nous, parfois modestes, nous remplissent pourtant d’un vrai bien-être.
Parfois, il y a des choses qu’on ne dit pas parce que les mots pour les exprimer n’existent pas. Alors, ce sont les regards ou les sourires qui portent ce que les mots ne savent pas dire.
Les choses existent, même lorsque les mots pour les décrire n’existent pas encore.
Et chacun sait qu’à un sourire, on ne peut répondre que par un sourire.
Alors demain, combien de sourires recevrons-nous grâce aux objets en bois ? Voilà un beau défi.
Il faut rappeler que lorsque l’on n’a plus rien à dire, il est temps de sourire. Et lorsque l’on ne peut plus s’exprimer, c’est avec les yeux que l’on sourit.
Qui a dit que les sourires ne s’écrivent pas ? Ils sont tout entiers contenus dans ces objets anodins, mais bien pensés.
Les objets en bois que nous fabriquons sont les sourires de demain.
Travailler le bois, c’est créer un sourire pour l’avenir.
Que faire pour vous en convaincre ? Rien de spécial. Simplement l’exprimer, l’écrire, pour vous faire sourire.
Et c’est bien la preuve que cela fonctionne.
Pas vrai ? Vous avez souri… alors tout va bien.

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