top of page
Rechercher

Quatre essences de caractère : l’olivier, le buis, le genévrier et l’if

il y a 1 jour
5 min de lecture

Quatre bois très différents, quatre personnalités bien trempées… et quatre bonnes raisons de regarder nos essences autrement.


Il y a des bois qui se laissent oublier, et puis il y a ceux qui annoncent immédiatement la couleur. L’olivier, le buis, le genévrier et l’if font partie de cette deuxième famille. Aucun ne ressemble vraiment à son voisin : l’un dessine des veines spectaculaires, l’autre possède un grain d’une finesse incroyable, le troisième se reconnaît presque les yeux fermés grâce à son parfum, et le dernier réunit à lui seul beauté, longévité… et toxicité.

Cette semaine, je vous propose donc de revenir sur quatre essences que j’avais déjà présentées dans Couleurs bois. Avec les années, mon avis n’a pas changé : ce sont des bois qui méritent d’être connus, mais surtout d’être compris avant d’être travaillés. Car chacun d’eux a ses qualités, ses petits défauts et, surtout, un sacré caractère.


L’olivier : chaque morceau est une pièce unique



Commençons par un arbre que l’on reconnaît immédiatement. L’olivier accompagne les civilisations méditerranéennes depuis des millénaires. Il a nourri, éclairé, soigné et fourni du bois à des générations entières. On comprend facilement pourquoi il est devenu un symbole de paix, de prospérité et surtout de longévité. Certains sujets sont millénaires et continuent encore à produire des fruits. Il y a déjà là de quoi forcer le respect.

Son bois est à l’image de l’arbre : dense, solide, tortueux et rarement banal. Il est tellement dense qu’il peut couler dans l’eau. Sa fibre est souvent noueuse, ses pores sont serrés et sa nature oléagineuse complique le collage. Il faut donc de bons outils, un peu de savoir-faire et surtout ne pas vouloir aller plus vite que le bois.

Mais quelle récompense lorsqu’on arrive à la finition ! Les veines brunes, jaunes, miel ou presque noires se révèlent surtout au polissage. Deux morceaux provenant du même arbre peuvent donner deux objets totalement différents. Avec l’olivier, la nature a déjà fait une bonne partie du dessin ; notre travail consiste surtout à ne pas le gâcher.

On le retrouve évidemment dans les ustensiles de cuisine : cuillères, mortiers, saladiers, planches, manches de couteaux ou plateaux. Les tourneurs et les sculpteurs l’aiment aussi beaucoup pour les vases, vasques, statuettes et petits objets décoratifs. Voilà bien un bois que presque tout le monde a eu envie de travailler un jour… et je comprends pourquoi.


Le buis : la précision à l’état pur



Le buis, lui, joue dans une autre catégorie. Il ne cherche pas à impressionner par la taille : il pousse lentement, donne rarement de gros diamètres et demande beaucoup de patience. Mais cette lenteur lui offre une qualité exceptionnelle : un bois dense, dur, très homogène, d’un jaune chaleureux et au grain si fin qu’on l’a souvent comparé à l’ivoire.

Cette finesse explique une bonne partie de son histoire. On l’a utilisé pour la gravure, l’imprimerie, les moules, les instruments à vent, les navettes de tisserand, les boutons, les boîtes, les peignes, les manches de couteaux ou encore les instruments de mesure. Dès qu’il fallait travailler petit, précis et propre, le buis n’était jamais très loin.

Il a tout de même son caractère. Son séchage est lent et les rondins ont une fâcheuse tendance à fendre. L’une des meilleures solutions consiste à débiter le bois assez tôt, lorsqu’il est encore vert, au plus près des dimensions finales et, autant que possible, hors du cœur. Ce n’est pas toujours la méthode la plus reposante, mais elle évite quelques mauvaises surprises.

Aujourd’hui encore, le buis reste un bonheur pour le tournage d’art, la sculpture, la tabletterie, les jeux d’échecs, la coutellerie ou les petits objets de précision. Ce n’est pas un bois spectaculaire au premier coup d’œil, mais dès que l’on prend un outil bien affûté et que l’on commence à le travailler, on comprend vite pourquoi il est devenu une référence.


Le genévrier : un bois qui se reconnaît les yeux fermés



Le genévrier, tout le monde croit le connaître. Les uns pensent immédiatement au gin, les autres à la choucroute. Les baies ont fait sa réputation, mais son bois mérite largement qu’on s’y attarde. Et il suffit souvent de le sentir pour savoir à qui l’on a affaire.

Son bois est dur, à grain fin, avec des tons allant du jaune au brun-rouge et un aubier clair bien marqué. Surtout, il est très aromatique. Cette odeur agréable n’est pas seulement un plaisir d’atelier : elle explique aussi son usage traditionnel comme répulsif contre les insectes. Un petit objet en genévrier dans une armoire peut parfaitement faire office d’anti-mites naturel.

Autre qualité appréciable : le genévrier est imputrescible. On l’a utilisé autrefois pour des piquets, des poteaux, des conduites d’eau, des linteaux, des manches d’outils et même des cercueils. Aujourd’hui, il trouve naturellement sa place dans la marqueterie, la sculpture et surtout les petits objets tournés : stylos, bols, manches ou pièces décoratives.

Il ne faut pourtant pas le croire docile. C’est un bois nerveux, qui peut s’écharder et qui pardonne assez peu les erreurs. Avec des outils bien affûtés et un geste propre, son grain fin permet cependant d’obtenir un toucher très lisse, doux et presque chaud. Et puis il y a ce parfum… certains bois sont beaux, celui-ci réussit en plus à embaumer l’atelier.



L’if : superbe, ancien… et à travailler avec respect




Terminons avec probablement le plus atypique des quatre : l’if. C’est un résineux qui ne contient pas de résine, un conifère sans cône et un arbre capable de vivre bien au-delà d’un millénaire. Avec une croissance de quelques millimètres par an, il prend son temps. Et quand on observe certains sujets âgés de plus de mille ans, on se dit qu’il a peut-être raison.

L’if est aussi indissociable de son histoire. Son bois dur, résistant et souple a servi pendant des siècles à fabriquer des javelots, des arcs et des arbalètes. Le fameux longbow anglais en est sans doute l’exemple le plus connu. Les luthiers, les ébénistes, les marqueteurs, les tourneurs et les sculpteurs ont ensuite appris à profiter de ses autres qualités.

Car son bois est magnifique. Le cœur peut aller de l’orange au rouge, parfois jusqu’au pourpre, avec un aubier blanc très contrasté. Il se travaille bien, accepte de très belles finitions et les loupes offrent parfois des dessins exceptionnels. En tournage, le contraste entre le cœur et l’aubier permet des pièces d’une grande finesse.

Mais avec l’if, une règle ne doit jamais être oubliée : la prudence. Presque toutes les parties de l’arbre contiennent de la taxine et les poussières de ponçage peuvent provoquer des malaises, notamment des maux de tête ou des vertiges. Beau bois, oui. Bois passionnant, certainement. Mais toujours avec les protections adaptées et un atelier correctement aspiré. C’est aussi cela, respecter une essence.


Quatre bois, quatre tempéraments :


Au premier regard, ces quatre essences n’ont pas grand-chose en commun. Pourtant, elles racontent toutes la même chose : un beau bois ne se résume jamais à sa couleur. Il y a son histoire, sa croissance, son odeur, son comportement sous l’outil, sa façon de sécher, de se polir, parfois même les précautions qu’il impose.

L’olivier nous oblige à suivre le veinage, le buis récompense la précision, le genévrier apporte son parfum et l’if demande autant d’admiration que de respect. Quatre essences, quatre tempéraments. Et c’est justement pour cela que le bois reste, après toutes ces années, une matière dont on ne fait jamais vraiment le tour.


Et vous, parmi ces quatre bois, lequel avez-vous déjà travaillé… et lequel aimeriez-vous mettre sur le tour demain ?

 
 
 

Commentaires


bottom of page