QUATRE GRANDS FEUILLUS,QUATRE CARACTÈRES
Le chêne, le hêtre, le frêne et le charme : quatre arbres de nos forêts, quatre bois de nos ateliers.
Cette semaine, la vidéo réunit quatre essences familières. Pour mieux les regarder, nous leur avons donné un rôle dans l’atelier : le Chêne, le patron ; le Hêtre, le contremaître ; le Frêne, l’ingénieur sportif ; et le Charme, l’ouvrier. |
Cette semaine, j’ai eu envie de revenir à quatre essences que nous connaissons tous… du moins, que nous croyons connaître. Elles sont là, dans nos forêts, dans nos meubles, nos manches d’outils, nos parquets et bien sûr sur nos tours à bois. Pourtant, mises côte à côte, elles n’ont pas du tout le même caractère.
Pour la vidéo, nous nous sommes amusés à leur donner un rôle dans l’atelier. Et finalement, ce n’est pas si farfelu : le chêne s’impose naturellement comme le patron, le hêtre organise le travail en bon contremaître, le frêne joue les ingénieurs sportifs avec sa souplesse et sa résistance, tandis que le charme est l’ouvrier solide, discret et infatigable.
Le Chêne — le patron

Alors, ouvrons la porte de l’atelier et faisons les présentations.
S’il fallait choisir un arbre pour s’asseoir au bout de la table, ce serait probablement lui. Le chêne est l’un des arbres les plus répandus de nos forêts françaises. Il peut atteindre une quarantaine de mètres et sa croissance est lente. Mais il n’est pas pressé : sa durée de vie se compte couramment en plusieurs siècles.
Cette longévité explique sans doute une partie de la place qu’il occupe dans notre imaginaire. Le chêne a toujours représenté la force, la solidité et la puissance. Mais derrière le symbole, il y a surtout un bois aux qualités bien réelles. Dense, lourd et riche en tanins, son bois de cœur résiste particulièrement bien au temps et aux alternances d’humidité et de sécheresse.
À l’atelier
Le chêne est un bois sérieux. Il possède de très bonnes caractéristiques mécaniques, aussi bien en compression qu’en flexion. On le retrouve naturellement en menuiserie, en ébénisterie, dans les escaliers, les charpentes, les parquets, les placages et les objets tournés.
Et puis il y a le tonneau ! La présence de tanins a largement participé à l’histoire du chêne en tonnellerie. Voilà un arbre qui a réussi à se faire une place aussi bien sous nos pieds que dans nos caves… Le patron, je vous dis !

Le Hêtre — le contremaître

À côté du patron, il fallait bien quelqu’un pour faire tourner l’atelier. Le hêtre mérite largement le poste. C’est une essence majeure de la forêt européenne et il sait parfaitement s’installer là où on lui laisse de la place. Son feuillage supporte bien les zones relativement sombres et, lorsqu’une forêt évolue sans intervention, le hêtre peut progressivement gagner du terrain sur le chêne.
On le reconnaît à son tronc cylindrique et à son écorce gris clair, mince et lisse. Et pour distinguer ses feuilles de celles du charme, il existe cette vieille phrase que beaucoup connaissent : le charme a des dents, le hêtre a des poils. Une méthode scientifique ? Disons plutôt une méthode qui a le mérite de rester en mémoire !
À l’atelier
Le bois de hêtre est homogène, à grain fin et à fil généralement droit. Sa texture compacte et ses rayons ligneux lui donnent un aspect bien particulier, notamment en coupe radiale. C’est surtout un formidable bois d’intérieur : ameublement, escaliers, parquets, ustensiles, jouets, manches d’outils… il sait presque tout faire.
Il se colle et s’usine bien, et la vapeur améliore encore sa souplesse. C’est ce qui explique son emploi dans le bois cintré et notamment dans ces fameuses chaises aux courbes que tout le monde a déjà croisées un jour. Un vrai contremaître : polyvalent, efficace et toujours à sa place.

Le Frêne — l’ingénieur sportif

Le frêne est un drôle de client : dur, mais souple ; solide, mais élastique. Voilà déjà de quoi comprendre son surnom. Il fait partie, avec le chêne et le hêtre, des grands arbres de nos forêts. Son bois clair, parfois légèrement rosé et nacré, possède d’excellentes propriétés mécaniques.
Il supporte bien la flexion, les torsions et les secousses. Son fil est généralement droit et le contre-fil peu marqué. Il peut tout de même se montrer un peu nerveux : personne n’est parfait, même chez les ingénieurs.
Pourquoi « sportif » ?
Parce que l’histoire de ses usages ressemble presque à un catalogue de magasin de sport : anciens skis, arcs, raquettes de tennis, battes de base-ball, agrès… Sa flexibilité et sa résistance aux chocs en ont fait un matériau de choix partout où l’on demandait au bois de travailler sans casser.
Dans les campagnes, on le connaît surtout pour les manches de pelles, de haches, de pioches et de bêches. Et pour le tourneur, c’est également un très beau bois : il prend un joli poli, offre un toucher agréable et laisse apparaître un dessin vivant sans être excessif.

Le Charme — l’ouvrier

Le charme ne cherche pas à prendre la lumière. Il pousse lentement, reste généralement plus modeste que les trois précédents et pourtant, lorsqu’on commence à parler de son bois, les choses changent vite.
Sa croissance lente et ses cernes serrés donnent un bois très dense, très dur et particulièrement résistant à l’éclatement. À une époque, on l’appelait même « bois de fer ». Avant que le métal ne soit omniprésent, le charme servait à fabriquer des rouages, des essieux, des rayons de roues ou encore des engrenages de moulin. Autrement dit : on lui confiait les travaux difficiles.
Un bois fait pour travailler
Son bois est clair, homogène, à grain fin, avec un joli veinage discret. Il n’aime guère l’extérieur et demande de l’attention au stockage, mais à l’atelier il révèle de très belles qualités. Sa dureté, sa résistance et sa capacité à prendre un beau poli en ont fait un bois recherché pour les manches d’outils, les maillets, les pièces mécaniques, les queues de billard, les quilles, les formes à chaussures et bien sûr la tournerie.
Les tourneurs l’apprécient particulièrement pour son grain fin, qui permet d’aller loin dans le détail, jusque dans les filetages et les taraudages. Le charme, c’est l’ouvrier qui ne fait pas beaucoup de bruit, mais à qui l’on confie les travaux quand il faut que cela tienne.

Quatre bois, quatre tempéraments — et aucune hiérarchie
Le chêne pour la puissance et la durée, le hêtre pour sa polyvalence, le frêne pour son étonnant mariage entre dureté et souplesse, et le charme pour sa densité et sa résistance. |
Et lequel choisir ?
Comme souvent avec le bois, la bonne réponse est : cela dépend de ce que l’on veut en faire. Il n’existe pas une essence supérieure aux autres. Il existe surtout une essence adaptée au travail que l’on demande.
C’est d’ailleurs tout l’intérêt d’apprendre à reconnaître les bois, à comprendre leur structure et à connaître leurs qualités. Plus on les observe, plus on comprend qu’un morceau de bois n’est jamais simplement « du bois ».
Et si vous voulez voir ces quatre personnages réunis dans le même atelier, la vidéo de cette semaine leur est entièrement consacrée. Vous verrez que le patron, le contremaître, l’ingénieur sportif et l’ouvrier ont chacun leur caractère… mais qu’ensemble, ils forment une sacrée équipe.
Philippe Bourgeat - Mr Passion du Bois



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